L’ATELIER SOUS VERRIERE

Quelques années après mon mariage, alors que je rentrais à Paris, [l’on] m’avisa qu’il y avait un pavillon avec un grand atelier à louer 100, rue d’Assas. […]

C’était merveilleux : jardin et pavillon pour VIVRE et un grand atelier pour travailler. […]

 

Le grand atelier était très clair. Mes grands bois y faisaient bonne impression. En les regardant, je sentais que me replier sur mon imagination était ma vie. C’est mon imagination qui me faisait arrêter ou insister, selon le cas, sur cette qualité d’ébéniste, de menuisier plutôt, qui gisait en moi. Au fond j’ai toujours été un menuisier qui, au lieu de faire une table ou une porte, aurait été amené à tailler des images en bois. À regarder mes choses taillées, il apparaît tout de suite l’absence de l’uniforme académique ; ma nature qui était et demeure fruste, a toujours fait ajouter le reste. 

Dans le grand atelier, qui séduit Zadkine et le convainc de venir s’établir rue d’Assas, sont présentées des œuvres en bois et pierres des années 1910-1920. Ces pièces sculptées dans diverses essences de bois et dans des blocs de pierre laissés bruts pour les unes, telle la Tête héroïque, polis pour les autres, telle la Tête d’homme en marbre, ont en commun d’avoir été travaillées en taille directe. Comme Modigliani, dont il fut proche, comme Lipchitz, comme Archipenko et bien d’autres, Zadkine cherche, dans les années 1910-1920 une manière personnelle de construire les formes. Tournant le dos à l’académisme encore dominant et à l’influence prégnante de Rodin, il puise dans l’archaïsme et le primitivisme son goût pour le bousculement de la perspective et des proportions, l’ellipse et la simplification des plans.

Ses œuvres de jeunesse, – Hermaphrodite, les Vendanges, la Sainte famille – procèdent d’un répertoire des formes slave.

 

Leur syntaxe dit les racines russes de leur auteur ; la construction en plans à angle droit de la Tête aux yeux de plomb, de la Maternité, de Léda, son goût pour une synthèse élémentaire des plans, inspiré des arts africain et cycladique.

L’aptitude à tirer parti des imperfections de la matière et à en faire une richesse, au service de la composition, sont communes à l’ensemble de ces blocs.